La fatigue se fait sentir, sentir, l'odeur de la peinture fraiche. Salie, moucheté de blanc, de rouge, je porte un tableau de Rembrandt en guise de vêtements. Appartement de nouveau neuf, refait de la tête aux pieds, économies vidées, ces meubles que je viens d'acheter et ce canapé noir en cuir craquant qui me fait tant craquer. Comme avant, cette drôle d'impression d'être revenu il y a longtemps. Plus jeune, plus heureux, entouré de gens, pas seul, pas comme maintenant.
Je marche dans ce long couloir noir et regarde mes cadres accrochés, éparpillés sur les deux murs, mes souvenir, mon passé qui ne saura plus mon avenir. Emu, de voir que plus j'avance, plus ma vie défile sans discontinue.
Une dernière douche, sous cette eau chaude, brûlante, je me relaxe, la fatigue n'en finit plus de me happer. Face à ce miroir opaque de buée, je passe ma main et me regarde, je m'observe, touche mes rides, de bonheur ou de malheur, je suis creusé, marqué.
Dans cette chambre moi et la glace, maintenant dans le noir complet, je profite de la luminosité de la lune pour m'accompagner à me regarder, cette tenue que j'ai tant porté, j'en ai même tendance à m'en admirer. Voilà le terme que j'ai recherché dans les yeux de mes plus proches, sans y arriver, pas assez de charisme. Emotion, mot dont j'ai été incapable d'atteindre, pas même frôler. Moi, chanteur loupé, jamais reconnu pour son talent ou peut être juste un raté.
Après avoir mangé de la meilleure des façons, je fais un dernier tour dans cet appartement, touche les murs frais et les objets qui en sont composés. Je retourne dans ma chambre, m'allonge sur ce grand lit froid que j'étrenne pour la première fois. Je ferme les yeux, soigneux, j'installe soigneusement mes mains sur mon torse et me tient droit. Les yeux fermés, je sens ma dernière nuit arriver. Dans ma main gauche une boîte de médicament fermement fermée.
Demain, oui demain, je ne serai pas levé...
Dan Pocquet



